dimanche 25 novembre 2012

L'importance de prendre un temps pour mieux communiquer

 

L'HISTOIRE DE MATHILDE ET OLIVIER

<Mathilde, assise à la petite table de sa classe de maternelle, dessine. Olivier, à ses côtés, dessine lui aussi. Alors qu'elle prend le crayon orange parmi ceux qu'elle partage avec lui, Olivier se tourne vers elle, lui prend le crayon des mains et lui donne une tape en lui disant qu'elle lui a pris son crayon. Elle va voir  Julie, son enseignante, occupée à aider un autre élève de la classe et lui rapporte le geste d'Olivier.

Comme Julie n'a pas vu la scène, elle demande à Olivier des explications. Ce dernier lui répond que Mathilde lui a pris son crayon sans le lui demander alors qu'il en avait besoin pour son dessin. Elle se tourne alors vers Mathilde lui demandant, d'un ton réprobateur, pourquoi elle n'avait pas demandé à Olivier si elle pouvait prendre le crayon, qu'elle devait apprendre à demander aux amis avant de prendre les choses car cela pouvait les mettre en colère et qu'il fallait partager avec eux. Elle lui dit de redonner le crayon et d'attendre qu'Olivier ait terminé pour le reprendre. À Olivier, elle lui dit que ce n'est pas gentil de frapper les amis, de venir la voir la prochaine fois et s'en retourne à l'élève qu'elle avait quitté..>

 

Un regard plus poussé

 

À la lecture de cette mise en situation, chacun y verra certainement une interprétation qui lui est propre. Certains se diront que Julie aurait dû punir Olivier, que Mathilde va apprendre à se forger un caractère et ne plus se laisser faire ou même qu'Olivier est agressif, voir violent, qu'il doit bien avoir appris ça quelque part, etc. Si nous regardons la situation d'un peu plus près, nous pourrions y voir  un problème de communication entre nos trois protagonistes.

Observons Mathilde et Olivier dessiner. Ils sont tous deux bien concentrer à colorier, prenant les crayons nécessaires à leur besoin au fur et à mesure. Tout ce déroule harmonieusement jusqu'à ce que Mathilde prenne le crayon orange. À ce moment, elle ne sait pas qu'Olivier a lui aussi l'intention de le prendre et de son côté il ne savait pas qu'elle le prendrait.

Rapprochons-nous encore afin de connaître un peu plus nos deux amis.

Observons d'abord Mathilde. Nous découvrons qu'elle vient d'une famille de deux enfants dont elle est l'ainée. Sa maman est toujours restée à la maison pour s'occuper d'elle et de sa nouvelle petite sœur  alors que son papa travaille à son compte et que son bureau est à la maison. Elle n'a jamais fréquenté la garderie et ils prennent toujours le temps de lui expliquer la nature des choses, ce qui est bien et mal. Elle a de bons parents, présents et attentionnés.

Olivier a, quant à lui, été placé en garderie à 3 ans. Ses parents travaillent dans des entreprises et leur horaire est très chargé. Il a une sœur cadette et un frère ainé, ce qui fait qu'il n'a pas toujours l'attention souhaitée et a souvent bien de la difficulté à avoir les jouets pour lui seul, quand ce n'est pas son grand frère qui utilise la loi du plus fort pour les lui enlever. Avec une maison aussi bondée, le travail et les corvées, nous pouvons présumer que les parents d'Olivier peinent parfois à donner autant d'attention que souhaitée à leurs enfants.

Reprenons la situation alors qu'Olivier remarque que Mathilde a pris le crayon orange. En connaissant un peu plus ces enfants, nous comprenons donc que Mathilde n'est pas une petite fille égoïste et qu'Olivier n'est pas mal élevé ou agressif comme son geste le laisse présupposer. En fait, nous déduisons maintenant qu'il a usé d'un mode réactionnel défensif. Ainsi, plutôt que de verbaliser son désir d'utiliser lui aussi le crayon une fois qu'elle en aurait terminé, sa réaction a été de le lui enlever, peut être pour être assuré qu'il l'aurait au moment où il en aurait besoin, et nous pourrions en conclure qu'il lui a donné une tape soit pour la punir de l'avoir pris ou pour lui démontrer que si elle prend "ses choses" elle doit s'attendre à des représailles. En fait, définir les raisons de son agir n'est pas l'objectif visé. Ce qui compte, c'est de définir comment aider Olivier à adopter un autre comportement et mieux communiquer ses intentions.

Portons maintenant notre attention sur Julie. Enseignante au primaire, elle a dû faire un remplacement de dernière minute dans la classe de maternelle pour l'année. Son mariage est houleux et ses deux adolescents lui en font voir de toutes les couleurs. En son for intérieur, elle n'est pas heureuse d'avoir été "parachutée" dans une classe de maternelle, elle qui préfère le dynamisme des classes de 4e et les échanges avec ses élèves. Elle va certes s'acquitter de sa tâche avec professionnalisme même si pour elle, les touts petits, "ce n'est pas sa tasse de thé".

Quelle est l'importance de définir la situation familiale et personnelle dans laquelle nos personnages évoluent?

Nos réactions proviennent de la façon dont nous avons vécu et interprété les expériences traversées tout au long de notre vie, qu'elles soient positives ou négatives, dans les divers systèmes dans lesquels nous avons évolués (et évoluons toujours); d'abord dans le système familial où nous faisons nos premiers apprentissages et développons nos rapports sociaux affectifs puis dans le système social élargi (la société et ses systèmes) dans lequel nous prolongeons nos expériences, comme par exemple dans le cas qui nous concerne, le système scolaire.

Ainsi, nos réactions sont déterminées par la compréhension que nous avons d'un événement, de l'émotion ressentie par rapport à ce dernier et  l'action réactionnelle utilisée dépend des modes de résolutions que nous avons développées à travers nos expériences de même que par l'effet d'assentiment ou de réjection qu'elles ont suscitées. C'est pourquoi nous avons avantage, pour être en mesure de mieux cibler les raisons qui motivent les réactions de nos personnages, à étendre notre regard sur l'environnement dans lequel ils interagissent. Nous pourrons, de cette façon, adapter notre façon de communiquer avec eux.

 

L'impact des mots dits et des non-dits

 

Lorsque Mathilde est allée informer Julie de la situation,  nous nous souvenons que celle-ci était occupée à aider un autre élève. Elle a du s'interrompre pour aller régler la situation afin d'éviter qu'elle ne dégénère. Présumons aussi que son désir était  de revenir auprès de l'autre élève rapidement de peur que ce dernier ne perde le fils des explications données et d'avoir à recommencer le processus. Ainsi, lorsqu'elle est intervenue auprès d'Olivier, elle a pris la peine d'écouter sa version puis, a  fait ses recommandations aux enfants, d'abord à Mathilde  de comprendre l'importance de demander aux autres avant de prendre quelque chose et à Olivier de venir la voir pour régler un conflit plutôt que d'avoir recours à un geste violent. Une intervention rapide, efficace, dans laquelle elle a fait preuve de neutralité face à la situation dont elle n'avait pas été témoin et chacun des enfants a été conscientisé face à sa responsabilité vis à vis la situation. Une intervention rapide .... manquant toutefois d'efficacité.

Qu'est-ce que cette intervention a apportée à Mathilde et Olivier?

Nous pourrions nous poser quelques questions quant aux répercussions qu'a eu l'intervention de Julie sur Mathilde et Olivier. D'abord, est-ce qu'Olivier a bien intégré l'importance de ne pas frapper une autre personne lorsqu'il est mécontent d'une situation? A-t-il acquis des outils de communication qui lui permettront de mieux communiquer ses désirs face à une situation similaire? A-t-il été conscientisé sur l'impact que son geste a eu sur Mathilde? Est-ce que Mathilde voit  toujours en Julie la personne ressource à qui se confier lorsqu'elle subit un préjudice? S'est-elle sentie écoutée et rassurée? Est-ce qu'elle a confiance que la situation avec Olivier ne se représentera plus? Fort probablement que non et voici pourquoi.

Lorsque Julie est intervenue auprès d'Olivier, elle lui a demandé sa version des faits, lui donnant le temps de s'expliquer. Mathilde lui ayant donné la sienne, Julie n'est pas revenue avec elle sur la situation se contentant de celle dénoncée. En usant d'un ton réprobateur à l'endroit de Mathilde et ajoutant qu'elle aurait dû demander à Olivier en premier lieu (et donc prévoir qu'il en aurait besoin), cela a envoyé à Mathilde un message lui signifiant qu'elle était en partie responsable de la situation, induisant probablement en elle un sentiment de culpabilité. De plus, en lui disant de remettre le crayon à Olivier jusqu'à ce qu'il en ait fait usage, elle renvoie à Mathilde le message qu'elle était en faute. La voilà donc doublement punie: une tape d'un côté et une privation de l'autre. Probablement qu'en plus de ressentir un sentiment de culpabilité, elle ressent un sentiment d'injustice face à l'imputation d'une conséquence alors qu'elle n'avait rien fait, situation qu'elle n'avait peut être jamais vécu auparavant avec ses parents.

Pour Olivier, les impacts sont différents. Lorsque Mathilde a pris le crayon, fort probable qu'il ait pensé qu'il ne l'aurait pas lorsqu'il en aurait besoin. Nous nous souvenons qu'il s'agit d'une situation à laquelle il est confronté régulièrement à la maison. Ainsi a-t-il peut être eu le sentiment d'être dépossédé à nouveau, ce qui a engendré ce geste agressif envers Mathilde. Lorsque Julie lui a demandé les motifs de son attitude à l'égard de Mathilde, il se sentait effectivement victime d'une situation provoquée par Mathilde et se croyait justifié d'avoir réagi de la sorte. Ainsi, la réaction qu'a eu Julie face à la situation a eu pour effet de corroborer cette impression puisqu'elle a réprimander Mathilde et qu'il s'est vu remettre le crayon, geste venant doublement confirmer à Olivier que Mathilde était fautive dans cette situation et lui victime. Et bien que Julie lui ait souligné de ne pas frapper les amis mais plutôt de venir la voir s'il se voyait confronter à une situation similaire, il est fort probable que cette réprimande n'ait pas eu l'effet escompté, la validation de sa perception d'être victime de la situation ayant prédominé dans l'intervention.

Fort à parier que ce n'était pas l'objectif que s'était fixée Julie comme résultat de son intervention.

 

Quelques mots pour faire la différence

 

Revoyons maintenant cette même situation avec une stratégie  de communication différente.

<Mathilde, assise à la petite table de sa classe de maternelle, dessine. Olivier, à ses côtés, dessine lui aussi. Alors qu'elle prend le crayon orange parmi ceux qu'elle partage avec lui, Olivier se tourne vers elle, lui prend le crayon des mains et lui donne une tape en lui disant qu'elle lui a pris son crayon. Elle va voir  Julie, son enseignante, occupée à aider un autre élève de la classe et lui rapporte le geste d'Olivier.

Comme Julie n'a pas vu la scène, elle demande à Olivier des explications. Ce dernier lui répond que Mathilde lui a pris son crayon sans le lui demander alors qu'il en avait besoin pour son dessin. Remarquant les crayons étalés entre les enfants, Julie demande à Olivier si Mathilde était au fait qu'il avait l'intention d'utiliser lui aussi le crayon. Olivier lui dit que non mais qu'elle l'avait pris sans le lui demander. Julie lui explique alors que Mathilde ne pouvait pas savoir qu'il en aurait besoin. Elle lui suggère de mentionné à Mathilde son désir d'utiliser un même crayon si la situation se reproduisait. Elle lui explique qu'il s'agit d'une meilleure façon de régler une situation plutôt que d'avoir recourt à la force ou d'arracher l'objet des mains. Elle se tourne alors vers Mathilde et lui demande si elle allait prêter le crayon à Olivier une fois qu'elle en aurait terminé ce à quoi Mathilde répond par l'affirmative. Après s'être assurée que la situation était bien réglée, Julie s'en retourne à l'élève qu'elle avait quitté..>

Suite à une intervention effectuée en utilisant des outils de communication plus explicite, Julie à été en mesure de régler la situation de façon positive et ce rapidement et efficacement. En prenant le temps d'observer les éléments qui constituaient la scène et en cherchant à préciser avec Olivier les motifs de son attitude envers Mathilde, Julie a pu comprendre qu'un manque de communication était à l'origine du conflit, a pu donner des outils à Olivier pour bien faire part de ses intentions, l'a rassuré sur le fait qu'il aurait le crayon une fois que Mathilde en aurait terminé et ce sans culpabiliser Mathilde face au comportement d'Olivier. Ainsi il aura appris qu'il y a des manières positives d'exprimer ses intentions aux autres sans créer de conflits et user de force physique. Il percevra en Julie un guide de confiance présent pour l'aider et développera un sentiment de confiance plus grand envers Mathilde qui elle même verra son sentiment de confiance  envers Julie validé puisqu'elle sera intervenue de manière positive et juste dans cette situation.

L'apprentissage de la communication est un facteur important dans la vie d'une personne. Plus elle est outillée à bien communiquer, plus elle sera en mesure d'établir des relations de qualité avec les gens qu'elle côtoie. Qui dit communication dit aussi écoute. En se portant à l'écoute des enfants et en clarifiant certain points, elle a été en mesure de recadrer la situation de façon positive en respectant chacun des enfants. Elle leur a, de plus, procuré des outils de résolutions profitables et prévenant par le fait même une ascension du conflit à long terme.


Conclusion

J'ai situé cette scène dans le cadre d'une classe de niveau maternelle dans laquelle nos principaux protagonistes ont cinq ans et dans les prémisses de leurs apprentissages en matière de communication  dans leurs rapports avec l'autre, dans un des premiers environnements de groupe externe à l'environnement familial, mais j'aurais pu aussi la situer dans un environnement de travail où ils auraient été deux employés d'une usine de fabrication de meubles ou des employés du services administratifs d'une entreprise gouvernementale. Nous avons tous expérimenté un jour ou l'autre une (ou plusieurs) situation où nous avons subit un préjudice similaire et ce en tant qu'enfant, jeune adulte ou adulte, préjudice subit par un manque de communication et d'écoute d'un tiers. Et ces préjudices ont certainement eu, sur plusieurs d'entre nous, un impact sur notre estime de soi et notre confiance en soi qui ont eu des répercussions sur nos relations personnelles et professionnelles. C'est pourquoi il me semble important d'inculquer dès les premières années d'apprentissages des enfants des outils de communication qui seront précurseurs de meilleures relations socio-affectives. Et pour que ces outils soient bien intégrés par les enfants, il est primordial que les intervenants qui sont mandatés à transmettre les connaissances à nos enfants soient eux-même conséquent en faisant usage de ces outils.

par Sandra Ménard tous droits réservés 2012

 

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