vendredi 17 mai 2013

Les effets bénéfiques du coaching



Je coach depuis quelques semaines une jeune fille d'à peine 18 ans qui a choisi de mettre fin à la dynamique de violence parentale qu'elle subit. Elle a choisi de se prendre en main et de se trouver un appartement. Sans emploi au moment où nous avons débuté, elle connaissait son objectif, celui de s'installer dans son propre appartement, mais ne savait pas comment s'y prendre.

En à peine 5 semaines, elle s'est trouvé un emploi à temps plein dont les heures n'interfèrent pas avec son parcours scolaire, elle s'est fait plusieurs listes pour bien planifier les divers achats et dépenses à prévoir, elle a pu obtenir des dons d'articles pour son appartement et est maintenant à établir une planification budgétaire en vue des responsabilités qui s'annoncent. Plus elle obtient des succès face à ses actions, plus elle gagne en confiance et plus elle se motive à poursuivre sa démarche.

C'est prise de pouvoir sur sa vie s'est faite au fur et à mesure du travail de la reconnaissance de la violence subit, de la déculpabilisation face à cette violence, au lâché prise sur ses attentes d'une reconnaissance de ses parents sur l'être qu'elle est mais aussi grâce au soutien apporté par le coaching dans le développement des stratégies efficaces en vue d'obtenir les résultats voulus dans les temps voulus.

La transformation de cette jeune fille, d'un être brisé et désemparé à une jeune femme affirmée est inestimable. Ces quelques semaines de coaching auront un impact durable sur l'ensemble de sa vie car les stratégies qu'elle développe lui seront profitables dans toutes les actions qu'elle posera dans sa vie.

Sandra

vendredi 12 avril 2013

Comment réagissez-vous face à un comportement violent ou manipulateur?

Vous êtes nombreux à venir lire mes articles sur la violence. Votre intérêt me motive à continuer à vous nourrir de connaissances sur la violence. Plus de deux milles lectures de mes articles ont été faites. Cela me porte à vous poser cette question:

Comment réagissez-vous face à un comportement violent ou manipulateur?

Plus nos connaissances sur le sujet s'élargissent, plus nous le voyons sous un angle différent. Cela nous porte à réfléchir et à poser un regard plus éclairé sur les situations en lien avec lui et auxquelles nous sommes exposés.

Avez-vous modifié votre approche envers les personnes au comportement violent de votre entourage? Établissez-vous vos limites plus clairement? Osez-vous confronter votre agresseur?

J'ai hâte de vous lire.

Sandra

vendredi 5 avril 2013

Etes-vous ou un de vos proche dans une situation de harcèlement psychologique?

Savez-vous reconnaître si vous ou un proche êtes dans une situation de harcèlement psychologique?

Vous subissez les critiques constantes de votre collègue sur votre travail, votre soeur vous sert toujours la petite remarque blessante qui vient vous prendre droit au coeur et ce même devant les autres membres de votre famille qui restent muets, votre conjoint vous fait toujours une petite remarque désobligeante sur votre physique ou votre cuisine, votre parent remet continuellement vos capacité parentale en question et ce même devant vos enfants?

Toute paroles offensantes, discréditantes, insultes, gestes d'intimidation, menaces sous-entendues ou clairement énoncées, intimidation, que vous subissez de manière répétitives, voir sur une base régulière, est du harcèlement psychologique. Le harcèlement vise à détruire l'autre dans son estime de soi et saper sa confiance pour l'affaiblir et le tasser. C'est un abus, une violence psychologique.

Qu'il soit subit dans le milieu familial , scolaire ou professionnel, les impacts sur l'estime de soi, la confiance en soi et sur la santé physique de la victime sont importants et peuvent engendrer un état dépressif sévère et la mener au suicide.

Vous êtes dans une situation similaire? Réagissez. Parlez-en, demandez conseils à divers intervenants. La violence ça se contre lorsque nous sommes épaulés.

La Commission des normes du Travail du Québec vous présente trois courtes vidéos mettant en scène des situations vous permettant de reconnaître les comportements des harceleurs en milieu de travail et les impacts du harcèlement sur les victimes.

Bon visionnement!

Sandra

http://www.cnt.gouv.qc.ca/situations-de-vie-au-travail/le-harcelement-psychologique-ca-se-previent/index.html

jeudi 4 avril 2013

Êtes-vous confrontés au comportement manipulateur d'un de vos proches?

Êtes-vous confrontés au comportement manipulateur d'un de vos proches, qu'il soit votre parent, votre conjoint, votre enfant, votre collègue ou votre voisin?


À quoi reconnait-on un manipulateur?

À son comportement.


Il se croit et agit comme s'il était la "toute puissance" et cherche à contrôler la conversation ou la situation. Il se montre critique, se méfie, vous culpabilise pour vos moindres petites fautes et se montre rancunier même face au moindre petit conflit. Il n'hésite pas à vous séduire, vous mentir, à utiliser la supercherie pour obtenir de vous ce qu'il désire ou que vous fassiez ce qu'il veut.


Il a toujours une excuse pour éviter de répondre à vos demandes, que ce soit d'oublier systématiquement ce que vous lui avez demandé, de ne pas vous avoir entendu, etc. Il se déresponsabilise et se pose en victime des situations, de vous ou des autres et s'organise pour que son travail soit fait par les autres.

Il est, à l'entendre, celui qui a su sauver la situation, celui par qui tout doit passer car à l'écouter, il est le seul en mesure de bien gérer la situation. Mais à y regarder plus attentivement, il délègue insidieusement ses responsabilités tout en s'octroyant le crédit si le résultat est positif ou vous en impute la responsabilité si c'est un échec.

Comment nous sentons-nous en présence d'un manipulateur?

Nous nous sentons inférieurs. Nous remettons en question nos agissements, nos réactions. Nous nous sentons obligés de répondre à ses besoins et nous  sentons coupables de ressentir la colère et la frustration qu'il nous inspire. Nous perdons progressivement confiance en nous, nous ressassons mentalement les conversations que nous avons eues avec lui et les analysons. Nous nous sentons déroutés, déstabilisés. Nous commençons à douter de nos perceptions. Nous ne pouvons pas croire qu'il puisse agir de mauvaise foi.

Comment réagir?

Il faut contre manipuler.

Pour ce faire, il faut reconnaître les comportements des manipulateurs et leurs stratégies, faire confiance à nos perceptions, maintenir notre point de vue et nos désirs, ne pas hésiter à verbaliser notre inconfort face à l'attitude du manipulateur et rester indifférents à ses stratégies inquisitrices. Il faut éviter les conversations axées sur notre vie personnelle. Il nous faut converser superficiellement avec eux.

Comme le disent les psychologues Marie Bérubé et Marc Vachon, auteurs du livre Osez changer:" (...) le manipulateur ne cherche pas une relation véritable, parce qu'il a peur de s'exposer, d'être vulnérable ou d'être jugé. Un rapport véritable implique un risque, ce qu'il ne veut pas courir. Il choisit au contraire de contrôler ceux qui l'entourent."

C'est pourquoi tout désir de communiquer de façon égalitaire avec un manipulateur est voué à l'échec car il est dans un rapport de domination envers nous.

Sandra Ménard



mardi 2 avril 2013

Regardons la violence dans les yeux



La violence se manifeste sous nos yeux. Posons ici notre regard sur certains de ses visages et osons la regarder dans les yeux.

Scénarisation/réalisation: Sandra Ménard

lundi 18 février 2013

La lettre

La réalité de la violence est que ses ravages sont imperceptibles à l'oeil. Les souffrances qu'elle cause meurtrissent la beauté de l'être violenté et tuent sa vitalité. Cet être blessé s'efface aux yeux de ces autres, aveugles à son agonie, et n'a comme seul allié que la résilience qui peut l'habiter. Dans cette solitude apparente se trouve des bras prêts à s'ouvrir pour accueillir et consoler. Face à l'adversité parfois insurmontable, il faut savoir ouvrir la porte et pénétrer dans l'inconnu sans jeter de regard sur ce qu'on a laissé derrière soi. Ainsi s'ouvrira à soi un monde de réalisations.


jeudi 24 janvier 2013

Les phases du cycle de la violence: L'histoire de Nicole

La violence n’apparaît pas, elle s'installe progressivement selon un processus graduel que l'auteure Lise Lalonde a détaillé en huit phases dans son livre Agresseur ou victime: L'ombre caché. Les deux premières phases sont décisives quand à l'issue du processus d'installation de la dynamique de violence. Plus tôt l'agresseur est repéré et ses stratégies maîtrisées, plus il sera facile de désamorcer la situation et minimiser les impacts. En suivant le récit de l'histoire de Nicole (nom fictif pour préserver l'anonymat de la victime), vous serez à même d'observer le processus d'installation de la dynamique de la violence psychologique dans un contexte de harcèlement moral en milieu professionnel .

L'HISTOIRE DE NICOLE (1ère Partie)


<Nicole, 50 ans, est comptable dans une entreprise de la construction depuis quinze ans. Elle est très dévouée à son travail et s'y investit beaucoup. Elle cumule les heures supplémentaires, n'hésitant pas à travailler les fins de semaine pour s'assurer une comptabilité à jour. Comme ses connaissances de l'entreprise s'étendent au-delà de son mandat, elle est la personne-ressource   à qui tous s'adressent lorsqu'ils ont des questions ou des problèmes. Elle a une vision très familiale de l'entreprise et n'hésite pas à accommoder ces collègues jusqu'à finaliser leur travail même si cela l'oblige à rester plus tard au bureau pour finaliser son propre travail. Nicole est très appréciée de ses patrons qui la considèrent comme une personne-clé pour l'entreprise.>

Les victimes ciblées par les agresseurs sont, pour la plupart, des personnes dévouées et investies dans leur travail.  Elles sont dotées d'une force intérieure qui est enviée et leur intégrité en font des personnes difficilement manipulable. Leurs compétences, la reconnaissance des supérieurs et surtout leur indépendance sont jalousées par l'agresseur. De plus, leur gentillesse et leur bon coeur en font des cibles faciles puisqu'elles ne présument pas que leur agresseur puisse être malveillants à leur égard sans raison.

<Ses relations avec ses collègues sont bonnes mis à part celle avec Jacques, le directeur des ventes et  Sophie, la réceptionniste qui accepte avec difficulté d'être la subalterne de Nicole d'autant qu'elle n'aime pas beaucoup son emploi. En fait, Jacques n'entretient pas de bonnes relations avec ses collègues. Sa personnalité contrôlante, manipulatrice et agressive mine ses rapports avec les autres et il n'hésite pas à créer des conflits entre les autres employés en cancanant contre un et l'autre. Tous sont au fait de ses agissements mais comme il est un excellent vendeur, ses patrons tolèrent sa conduite. Jacques n'aime pas Nicole et n'hésite pas à lui mettre les bâtons dans les roues en utilisant son adjointe pour l'atteindre. Sa façon de procéder est très simple: il omet des informations aux dossiers des ventes que son adjointe doit traiter ce qui oblige cette dernière à remettre des dossiers incomplets à Nicole ou à venir régulièrement lui poser des questions sur les dossiers malgré qu'il lui interdise de se référer à Nicole lui imputant une attitude de non coopération pour justifier son refus, attitude qui est validée lorsque Nicole refuse de s'ingérer dans un dossier appartenant à Jacques. Il veut être au fait de tout ce qui se passe dans l'entreprise alors qu'il est très secret sur ce qui se passe dans son département. Depuis les cinq dernières années, Jacques a engagé quatre adjointes qui ont démissionné de leur fonction et chaque fois il a insinué que Nicole était la cause du départ de ses adjointes de par son attitude fermée envers elles. Jamais les patrons de Nicole ne l'ont rencontré avec Jacques pour clarifier les allégations.>


Pour qu'un agresseur installe sa violence, il faut que le "terrain" y soit propice. Il utilise les failles de l'entreprise et la non-ingérence patronale dans les conflits internes. Comme le dit si bien Marie-France Hirigoyen dans son livre Le harcèlement moral dans la vie professionnelle, démêler le vrai du faux, "Pour qu'une agression se poursuive, il faut qu'elle soit difficile à repérer". Et dans un environnement dans lequel il subsiste des conflits entre employés au su des patrons et sans intervention de déconstruction, l'agresseur jouit non seulement d'une liberté d'action  mais use des conflits existants pour établir son rapport de destruction avec la victime et s'en sert comme arme.

<Catherine est la nouvelle adjointe de Jacques. Elle affiche une personnalité affable, extravertie et dynamique. Elle se targue, auprès de ses nouveaux collègues, de posséder beaucoup de connaissances et de compétences pour le poste pour lequel elle a été embauchée et se montre sûre d'ellefonceuse.  Elle communique aisément avec les employés. Dès le premier dîner, elle n'hésite pas à se moquer "gentiment" du repas d'un des collègues et fait preuve d'un sans-gêne tel qu'elle se permet de passer des commentaires   "de jugement " subtils en s'ingérant dans les conversations de ses collègues ou sur des questions personnelles des gens.>

Qui se méfie d'une personne souriante et affable? Comment présumer de mauvaises intentions venant d'une personne charismatique et joviale? Les manipulateurs ont tout à leur avantage à masquer leur vraie personnalité. Sous leur personnalité rayonnante se cache un vampire prêt à soutirer chez sa proie toute énergie vitale. Ils enjôlent leur entourage qui, bien que ressentant une impression d'incohérence entre les commentaires, allusions et jugements doux-amers lancés ici et là  et la personnalité sympathique qu'il voit,   ne mesure pas la perversité de l'agresseur et ne se méfie pas. Souvent, derrière leur apparence de maîtrise de Soi et l'étalage de leur soit disant compétences, se cache une faible estime de Soi et une incompétence qu'ils masqueront en détournant la responsabilité de leur incapacité sur leur victime.

<À sa troisième journée au sein de l'entreprise, alors que Nicole lui fait sa formation de logiciel, Catherine la questionne sur le conflit qui subsiste entre elle (Nicole) et Sophie. Nicole, surprise qu'elle soit au fait du conflit alors qu'elle vient à peine d'être embauchée, l'informe que ce n'est pas une situation qui la concerne  et qu'il n'y a rien a dire sur le sujet. Catherine lui répond qu'elle trouve dommage d'être ainsi mise entre deux feux. Nicole, étonnée qu'elle puisse se considérer prise et lui répond que cela n'arrivera pas si elle reste en dehors du conflit qui ne la concerne pas.>

Il faut peu de temps à un agresseur pour cibler une victime potentielle et les éléments qu'il utilisera pour enclencher son processus de destruction. Il profite de la méconnaissance des gens sur ses mécanismes d'approches pour hameçonner sa proie. L'étonnement de Nicole face aux questions de Catherine sur le conflit qui ne la concerne pas est le premier signal d'alarme que son "instinct" lui envoie. Les questions qui ont point: "Mais comment ce fait-il qu'elle soit au courant?" et "En quoi est-ce que ça peut l'intéresser?" viennent appuyer son sentiment qu'il s'agit d'un fait anormal. Le fait que Catherine enchérisse en se positionnant "entre les deux" renforce le sentiment d'étrangeté de la situation perçu par Nicole qui ne comprend pas le positionnement que Catherine cherche à prendre dans la situation. Ainsi, en réaction, Nicole en vient à lui dire poliment "de se mêler de ses affaires". Cette réaction de défensive était recherchée par Catherine qui a ciblé sa capacité de résistance et ainsi conclue la première phase d'enquête sur Nicole. Dans ce court laps de temps, elle a évalué le potentiel de défense de Nicole et perçu ses faiblesses.

<Vers la fin de la journée, Catherine entre dans le bureau de Nicole pour une question banale (prétexte) relative à ses tâches de travail et profite de l'occasion pour renchérir sur le sujet du conflit de Nicole avec la réceptionniste (motif véritable de sa présence dans le bureau). Elle lui dit "trouver dommage" de venir travailler dans une entreprise où il y a un conflit à l'interne car elle dit a ne jamais avoir vécu une situation du genre par le passé et sous entend une inquiétude de vivre un éventuel conflit avec Nicole (insinuation d'une éventualité de conflit entre elle et Nicole). Elle lui dit espérer quelle n'aura pas à vivre cette situation là personnellement (se positionne en potentielle victime de Nicole). Nicole (ne comprenant pas trop la nature de son inquiétude) lui dit qu'elle ne voit pas le rapport de son allusion d'autant plus qu'elles n'ont pas affaires directement dans le cadre de leur travail et ajoute qu'il s'agit pour elle aussi d'une première expérience désagréable avec une collègue. Elle réitère donc à Catherine qu'elle n'a pas lieu de s'inquiéter d'autant qu'elle n'est pas concernée par la situation.>

Dans cette seconde phase de test que Catherine fait subir à Nicole, elle use d'insinuations d'éventuelles possibilités de conflits entre elles afin de faire ressentir à Nicole qu'elle la perçoit comme une éventuelle agresseur. Cette tactique vise à déstabiliser la victime en semant un doute qu'elle puisse être la source d'éventuels conflits et ainsi enclencher un processus de remise en question chez Nicole quant à sa façon d'être et d'agir qui laisse supposément présumer à Catherine qu'elle puisse être un potentiel agresseur. En déstabilisant ainsi Nicole, Catherine a pu déterminer que le seuil de résistance de Nicole et confirmé qu'elle était une victime de choix.

C'est suite à cet épisode que Nicole m'a contacté pour me parler des sentiments qui l'habitaient face à la situation. Lorsque je lui ai parlé de la forte probabilité qu'elle se trouvait en présence d'une harceleuse, sa première réaction a été de nier la possibilité puisqu' " elle n'avait pas l'air de ça" et que peut être qu'effectivement elle (Nicole) avait agit d'une façon qui aurait pu laisser transparaître, d'une façon quelconque, qu'elle puisse être "bête" étant donné qu'elle avait peut être été impatiente avec elle la énième fois que Catherine est venue la déranger pour des questions auxquelles elle avait déjà eu ses réponses et qu'elle était occupée avec un client. Déjà, les premières manifestations des répercussions de "l'attaque" se faisaient sentir: le processus de remise en question de ses agirs et la recherche des fautes qu'elle aurait pu avoir commises qui auraient pu laisser à présumer que... étaient enclenchées.

Il est normal que la première réaction soit le déni de situation car il est difficile, dans les premières phases et surtout lorsque l'on a jamais eu à vivre une situation de harcèlement, de concevoir d'une part qu'une personne puisse être un potentiel agresseur et deuxièmement qu'on en soit victime surtout lorsque l'agresseur affiche une "belle personnalité" et que l'entourage ne semble pas remarquer quoique ce soit d'anormal. Inconsciemment Nicole ressentait l'anormalité du comportement de Catherine et percevait les attaques de ces allusions, c'est pourquoi elle m'a contacté,  mais l'image que lui renvoyait Catherine ne concordait pas avec ce qu'elle ressentait. Ses perceptions étaient biaisées.

Nous avons terminé notre entretien sur quelques comportements à surveiller et quelques stratégies à adopter advenant des récidives éventuelles de Catherine dans les jours à venir. Bien que Nicole m'ait dit être étonnée que de tels comportements soient adoptés par Catherine, elle m'a dit qu'elle me recontacterait si jamais la situation empirait. Il ne fallu que peu de temps avant que le téléphone ne sonne.

À suivre...


mercredi 16 janvier 2013

S’affranchir de la dépendance affective : impacts sur la santé mentale des femmes


L'article qui suit est une analyse sur les phases aliénantes que traverse toute personne qui s'affranchie de la dépendance affective et que j'ai rédigé dans le cadre d'un cours sur la santé mentale des femmes à l'université en 2010. Bien que mon analyse cible l'état de dépendance affective chez les femmes, mes propos s'appliquent tout autant chez les hommes et les origines causales sont les mêmes. De plus, la dépendance affective est un état que l'on retrouve chez la grande majorité des victimes de violences conjugale et familiale. 

Bien que mon article ait été écrit dans une perspective d'intervention féministe selon une approche d'empowerment, la similitude que j'y entrevois avec les techniques de coaching et le rapport coach-client me porte à vous partager le résultat de mon analyse afin de démontrer la complémentarité des deux approches thérapeutiques (intervention sociale et coaching de vie) en matière de (re) prise du pouvoir sur soi travaillée avec un client  dépendant durant les séances de coaching.


Dépendance à l’alcool, aux drogues, au jeu, au travail, au sexe, à l’amour… Quand l’objet devient indispensable à notre bien être, notre salut, notre survie, le déterminisme « dépendant de » s’inscrit à notre identité. En fait, s’inscrit-il à ce moment où y était-il déjà tatoué depuis des années, sceau indélébile imprégné avec les années par la béance d’un vide creusé par le manque d’un Sujet essentiel à la complétude de notre existence? Car c’est par le manque que la dépendance se crée et en lui qu’elle prend son ampleur. Mais de quel manque parle-t-on? En quelle façon est-il garant de la dépendance? Ces questionnements doivent être considérés puisque leurs réponses constituent la porte d’entrée à la compréhension des problématiques qu’engendre le phénomène de la dépendance, et plus particulièrement celle sous sa forme affective; une compréhension non seulement au niveau de ses répercussions sur les relations amoureuses du dépendant, la femme dans le cadre de cette analyse, mais aussi sur sa santé mentale alors qu’elle s’en affranchie.  C’est en m’inspirant de littératures issues de la psychanalyse et d’œuvres psycho-populaires que j’apporte ma compréhension de ce trouble de la personnalité qui influe directement sur la santé mentale de la femme.

Du lien de dépendance à la dépendance

Dès sa conception, l’enfant est lié à la mère. Il fait partie intégrante d’elle, se nourrit à travers elle. Sa vie entière repose sur elle. À sa naissance, le lien subsiste et  sa survie dépend encore des soins qu’elle lui apporte. C’est d’elle que l’enfant acquiert ses premiers apprentissages affectifs. D’un point de vue psychanalytique, elle est l’Objet duquel dépend sa vie. Le lien de dépendance établit par la conception est vital à l’enfant, il est sain. C’est par lui que l’enfant se construit en tant qu’être à part entière et  duquel il retire un sentiment de sécurité qui lui permet de s’ouvrir à l’Autre. Ainsi il naît dans la dépendance, une dépendance qui lui est nécessaire et de laquelle il va tenter naturellement de s’affranchir dans les phases de développement qui auront cour tout au long de son enfance et qui feront de lui un être unique, un adulte. Le rapport à la mère a une importance cruciale dans le développement psychique de l’enfant et c’est par à sa présence et non présence que l’enfant va être confronté à ses premières expériences de rejet. Le rejet sain qui consiste à l’apprentissage de l’enfant à voir en sa mère autre chose qu’un objet d’assouvissement de ses désirs est nécessaire à son « adultisation[1] ». Par contre, lorsque la mère n’est pas présente de corps ou d’esprit par des facteurs allant d’un non-désir de l’enfant, d’un deuil vécu pendant ou après la grossesse, d’un état dépressif sous-jacent à la grossesse ou post-partum, l’enfant enregistre psychiquement le rejet et le non-amour de la mère. Ce rejet inscrit en lui une insécurité, une angoisse qui restera gravée à jamais dans ce que la psychanalyse appelle l’inconscient : une angoisse qui ouvre l’orifice du vide.

L’enfant même rejette. Il le fait par son désir d’acquérir son indépendance, son identité et la phase du « non » qu’il vît vers sa 3e année de vie en est une cruciale à sa quête. L’enfant désire accéder à son autonomie, ce que les psychanalystes décrivent comme la phase du développement du Soi et de laquelle il établit son identité. Cette phase importante se représentera à l’adolescence alors qu’il se révoltera contre l’autorité parentale. La réaction maternelle à ses épisodes d’affranchissement aura alors une incidence importante sur son développement identitaire. Si elle ne réagit pas positivement à ce rejet mais par une sévérité excessive, voire écrasante, l’enfant comprendra que pour être aimé par sa mère, il doit se soumettre à elle et craindra de la perdre, de perdre son amour, s’il ne lui obéit pas. L’enfant développe une insécurité et est maintenu dans un rapport de dépendance à la mère car le lien de dépendance n’est pas brisé. Il n’est pas reconnu en tant qu’individu propre, indépendant. Le lien de dépendance ainsi maintenu ajoute au vide creusé par l’angoisse engendrée par l’insécurité et envoie un message à l’enfant qu’il ne peut être autrement que par la mère.

Au lien maternel inné se greffe celui du père dont l’apport est important au développement caractériel de l’enfant. C’est par sa présence et du lien qu’il nouera avec son enfant que ce dernier pourra couper le lien de dépendance envers sa mère. Les théories psychanalytiques attribuent au père la fonction de séparateur de la mère et de l’enfant. Sa présence est essentielle car au niveau symbolique, il est « initiateur, instaurateur et garant de l’accès de son enfant à son autonomie et à son individuation[2] et ce en « (…) rompant un cordon ombilical psychique liant l’enfant à son premier objet d’amour (la mère), amenant peu à peu l’enfant par une castration symbolique à l’assomption de soi-même (…)[3] ». Son absence ou le refus de prise en charge de sa responsabilité symbolique contribue à l’incapacité de l’enfant à construire son individualité sur des bases solides et sécurisantes. Les manquements du père s’inscrivent donc dans un processus d’entérinement de l’état de dépendance à la mère et accentue le vide identitaire chez l’enfant. Lorsque cet état relationnel n’est pas accessible pour une fillette, par l’absence physique ou psychique d’une figure paternelle forte, sécuritaire et responsable, il laisse vacant une place qu’une fois femme elle cherchera à combler en s’investissant dans des relations dans lesquelles l’homme sera un pourvoyeur et fera office de père. Si, au contraire, le père présent s’investit trop auprès de sa fille, qu’il exerce sur elle un contrôle excessif, il « lui confisque sa liberté et son droit de se tourner vers d’autres figures, notamment masculines. (…) La fille restée liée au père risque alors de se tourner inconsciemment vers des partenaires qui ne doivent et ne peuvent rivaliser avec la figure paternelle.[4] » Ces carences affectives engendrent chez la jeune femme une quête de l’amour absolu.

L’amour et l’investissement parental est essentiel pour le développement d’une estime de soi et d’une confiance en soi solide. Lorsque qu’elle grandit dans un environnement familial déficient, la jeune femme développe un sentiment d’insécurité qui ne lui permet pas de développer la stabilité affective indispensable à son indépendance. Les troubles de personnalité que sont l’estime et la confiance de soi déficiente entraînent chez elle un sentiment d’insécurité géniteur du sentiment d’angoisse du manque qui l’habitera dans sa vie adulte.  C’est cette angoisse du manque qu’elle cherchera à anesthésier à travers ses relations amoureuses et qui la fera choisir des conjoints qui lui donneront l’illusion momentanée d’être l’Élu tant espéré. Pour s’assurer l’amour et éviter la perte, elle adoptera des comportements qui peu à peu l’enliseront dans une déchéance psychologique.

Traits comportementaux du dépendant et incidences sur sa santé mentale

L’état de dépendance concourt au développement de comportements distincts. D’abord, l’état de soumission à l’être aimé qui se rapporte à celle de la soumission parentale. Puisque la scission filiale dans l’ordre symbolique n’a pas été résolue, la femme reproduit inconsciemment la dynamique d’assujettissement à l’autorité parentale dans ses relations amoureuses. Elle reconstitut dans ses rapports conjugaux les rapports affectifs qu’elle entretenait avec ses parents. La privation d’amour ou le surinvestissement parental vécu dans son enfance engendre une quête à l’amour absolu et pour atteindre cette finalité, elle met ses intérêts et ses désirs de côté au profit de ceux de l’être aimé. Elle exige d’elle-même la perfection faisant tout pour réunir touts éléments susceptibles de renforcir l’amour qu’il pourrait lui donner. Elle se surinvestit dans son rôle d’épouse, de mère, de ménagère et d’objet sexuel. Elle est dans l’attente des moindres signes laissant transparaître l’approbation, l’acceptation, l’amour. Elle s’investit de corps et d’âme au point de se perdre complètement. Elle entre dans un état fusionnel avec l’Autre qui engendre un rapport inégalitaire dans le rapport du couple; une relation soumission-domination à la base de toute relation de dépendance. Cet état contribue à la perte de son « Soi », son identité, de sa liberté.

Ce n’est qu’une fois dissipée l’illusion fusionnelle suscitée par le coup de foudre qu’elle prend conscience de son fourvoiement. Le manque réapparait telle une douleur menaçante qui déclenche « la violence fondamentale. (…) Il remet en question la justification de vivre[5] ». L’ennui revient, la tristesse et la colère rejaillissent. Elle se sent à nouveau trahie par l’Autre et réalise son erreur de jugement face à un scénario qu’elle a probablement maintes fois joué. Pour contrer la menace d’une éventuelle séparation, elle peut « inconsciemment intensifier la dépendance pour pallier le manque qui ressurgit de façon intolérable afin de rester ensemble coûte que coûte [6]». Elle peut aussi adopter une dynamique de domination et « exiger de l’autre qu’il soit encore plus parfait, plus aimant, plus disponible, plus présent, contrôler encore plus ses occupations extérieures, son emploi du temps, ses relations personnelles et professionnelles, sa sexualité[7] ». Face au comportement excessif de sa conjointe, l’homme peut la quitter ou entretenir des relations extraconjugales qui affecteront l’instabilité affective déjà importante de la femme. Isolée, fatiguée mentalement et physiquement des efforts en vains déployés, elle s’inhibe psychologiquement et sombre peu à peu dans un état dépressif. Cet état de souffrance intérieur est souvent représentatif d’une révolte intérieure salutaire qui lui permettra de faire le premier pas sur le sentier de l’affranchissement de l’état de dépendance duquel elle est l’esclave.

Phases aliénantes dans l’affranchissement de la dépendance affective

La voie de l’affranchissement est sinueuse et parsemée d’embûches. Son parcours est jalonné d’obstacles contournés du passé qui resurgissent au tournant et qui surenchérissent son état dépressif et « la durée du parcours est proportionnelle à l’intensité du manque à découvrir et à réparer[8] ». Cette réparation est celle du rejet, du non-amour parental; de ce rapport indispensable à la constitution indéfectible de son estime de soi et de sa confiance qui sont essentiels à l’appropriation de son indépendance. 

La prise de conscience sur sa situation provoque en elle une succession de bouleversements émotionnels qui suscitent des sentiments de honte, de culpabilité et de colère. D’abord la honte déclenchée par la conscientisation de sa situation et de son incapacité à prendre ses responsabilités en tant qu’individu, de pourvoir à ses besoins primaires et sa propension à se  maintenir dans une dynamique d’attente de l’Autre. L’image de la perfection qu’elle a tant bien que mal tenté d’incarner se dissipe et c’est à l’imperfection qui la constitue qu’elle est confrontée. La gène face au rejet de l’Autre sur qui elle fondait l’espoir inavoué de meubler le vide qui l’habite affaiblie encore plus l’estime de soi dont elle est déjà carencée. La honte de rechercher chez l’autre l’approbation pour ses actions, ses décisions telle une enfant et de s’effacer devant l’Autre pour lui donner toute la place décisionnelle voir le contrôle sur sa vie. Mais plus encore l’opprobre de son manque de dignité.

Le constat de s’être maintenu dans une position infantilisée face à l’Autre engendre un sentiment de culpabilité face aux comportements qu’elle a adoptés pour maintenir une relation éronnée, puisqu’elle ne cherchait pas en l’autre un conjoint mais bien la figure paternelle qui réparerait la blessure infligée par l’échec de la relation d’avec le Père, la Mère ou même des deux. Cette culpabilité est exacerbée par les sentiments de colère et de haine qui germent par la prise de conscience de ses blessures intérieures causées par le manque parental. Elle se sent coupable face à cette colère intérieure qui se manifeste et qui l’incite à rejeter la Mère et le Père, un sentiment qui rajoute aussi à la honte et qui altère l’image de la bonne fille obéissante. Elle ressent une  colère vive face à l’image iconique, façonnée par la fillette qu’elle était, d’une Mère-Amour qui, sous le nouveau regard qu’elle pose sur elle, lui renvoie plutôt celle d’une Mère-Rejet qui lui a nié l’Amour. Elle ressent aussi un ressentiment puissant face au Père-Absent qui ne l’a pas appuyé et protégé face à la dominance maternelle et qui n’a pas rempli son devoir symbolique de castrateur.

La valse alternée entre ses trois sentiments se perpétuera tout au long du chemin de l’affranchissement et s’essoufflera peu à peu au rythme de l’acceptation et du lâcher prise qui constituent les phases importantes du processus du deuil qu’elle doit faire de son enfance carencée. Ces phases sont en soi difficiles à traverser parce qu’elles obligent à la reconnaissance des souffrances antérieures, des angoisses vécues, des colères refoulées et de l’amour dont elle a été privée mais encore plus de la non-reconnaissance de son individualité par ses parents.  Elle doit renouer avec des émotions refoulées qui se manifestent autant psychiquement que physiquement. Aux fluctuations émotionnelles, épisodes de fatigue, de regain d’énergie et épisodes dépressifs s’ajoutent les maux physiques tels des céphalées, des douleurs musculaires inexpliquées, des pertes d’appétit à un appétit insatiable, etc. Ces symptômes d’intensité variable et ponctués de périodes d’accalmie sont indissociables du processus d’acceptation de lâcher prise et s’estompent progressivement pour disparaître à l’achèvement du deuil. Ce deuil n’est possible que par l’acceptation de l’expérience difficile de l’enfance qui a été vécue et du lâcher prise de son désir inassouvi de l’amour de l’Autre. La phase de deuil complété ouvre la porte à la réappropriation de son Soi perdu.

La reconstruction de l’estime de soi et de l’amour de soi

« La personne part à la découverte de soi et de sa relation aux autres, et s’achemine dans une recherche et une expérience tout d’abord ressenties comme insolites. Elle se trouve ainsi reliée avec un sentiment d’étrangeté[9] »; un sentiment d’étrangeté puisqu’  « elle se surprend à être plus spontanée et authentique. Elle découvre ainsi une part nouvelle d’elle-même ressentie comme « étrangère »[10] ». Cette découverte se fait tout au long du processus du deuil, au fur et à mesure qu’elle a franchi les étapes d’acceptation et de lâcher prise et au cour duquel elle pose des actions qui ont eu une incidence positive sur l’acquisition d’une confiance en elle de plus en plus solide. Chaque gestes posés, opinions formulées, désaccords et revendications exprimés vont contribués à développer cette confiance de Soi indispensable au développement d’une estime de Soi forte qui lui permet d’accéder à l’Amour de Soi. C’est en renouant avec l’enfant qu’elle a été, en apprenant à l’aimer avec ses qualités et ses défauts qu’elle va réussir à s’aimer elle même. Ce processus engendre des conflits intérieurs à travers lesquels s’entremêlent le plaisir des gains et l’angoisse des pertes, la sécurité de la présence de l’autre et l’insécurité de la solitude mais encore pis la dualité entre l’amour et la haine du Soi. Le doute subsiste longtemps quant à ses capacités à s’affranchir du lien de dépendance alors qu’elle sombre dans des états dépressifs intermittents qui, si on s’y attarde, ressemblent étrangement aux crises émotionnelles vécues par le petit enfant dans ses phases d’affranchissement. Comme lui, elle a besoin de l’aide et du support d’une personne qui croit en ses capacités à traverser les nombreuses épreuves qui se dressent sur le chemin de l’affranchissement. C’est pourquoi l’aide d’une intervenante dont l’approche vise au développement du pouvoir d’agir de la femme, qui croit en ses capacités et qui l’accompagne à travers cette quête du Soi est essentielle.

Rôle de l’intervenante dans le processus d’affranchissement et les stratégies d’interventions féministes à envisager

Le rapport qu’établit l’intervenante avec sa cliente est très important. Il se doit d’être égalitaire pour permettre à la femme de voir en l’intervenante une guide et une accompagnatrice dans un processus qui est le sien et qui en respecte le cheminement cahoteux, ses contrariétés et ses faiblesses. L’intervenante se doit d’être à l’écoute de l’histoire de la femme. Elle doit prendre en considération les facteurs qui vont influencer le processus thérapeutique : le facteur économique, l’environnement familial, le niveau de scolarité de sa cliente, son statut professionnel, ses relations sociales. Elle doit prendre note aussi des dépendances collatérales qui peuvent ajouter à l’état amenuisé de sa cliente. La compréhension de l’histoire identitaire de sa cliente, la reconnaissance de sa souffrance vécue et des sentiments qui l’envahissent et la désorientent, établit un climat de confiance entre elles qui permet au processus thérapeutique de débuter.

Le savoir que possède l’intervenante sur les problèmes personnels qu’elle vit place la femme dans une position d’infériorité qui vient l’affecter dans son estime. Il est donc important que l’intervenante use d’une approche d’intervention qui vise à partager à sa cliente, et ce progressivement, les connaissances qui lui permettent de prendre progressivement le contrôle de son processus thérapeutique et ainsi sur sa propre vie. Ce transfert de pouvoir est essentiel au développement de la confiance en soi et par la suite de l’estime de soi de la cliente. Elle la guide vers son autonomie affective en la rassurant, en acceptant ses échecs et en lui donnant les outils nécessaires à sa réussite telle qu’aurait dû le faire sa Mère lorsqu’elle était enfant.

L’intervention axée sur le développement du pouvoir d’agir (Empowerment), implique que l’intervenante, par cette approche, outille sa cliente de sorte qu’elle puisse en venir qu’à agir seule sur toutes les sphères de sa vie. La confiance témoignée par son intervenante sur sa capacité à s’affirmer lui permet d’initier le premier pas vers la réappropriation de son autonomie. Et de cette confiance naît sa propre confiance, et pour reprendre les mots de Marie-Françoises Tréboux dans son livre Relife ou la rupture du lien de dépendance, « une confiance qui lui permet de bâtir la voie directe vers autrui ». La rééducation psychologique entreprise fait en sorte que « la réinsertion sociale va s’opérer d’elle-même (…)[11] ».

L’intervenant, une fois la blessure narcissique réparée et son pouvoir personnel en voie d’être réapproprié, va établir avec sa cliente des stratégies de contrôle sur sa vie afin de réduire les facteurs de rechute dans la dépendance. Une des problématiques de la dépendance affective réside dans le fait que l’objet duquel elle dépend est l’Autre et non une substance tel l’alcool, la drogue, le jeu ou autres matières identifiables. C’est dans son rapport avec autrui que la dépendance est à risque de rejaillir. La blessure narcissique n’étant jamais tout à fait guérie, elle peut retomber dans une relation dont elle deviendra dépendante. Elle doit donc établir avec son intervenante des stratégies qui lui permettront de réduire considérablement les facteurs de risque.

À travers le processus thérapeutique, l’intervenante amène sa cliente à développer ses intérêts. Puisqu’elle les a depuis longtemps étouffés au profit de ceux des autres, cet exercice est très important car il lui permettra de se redécouvrir, de se réapproprier son identité. Elle l’invite à se récompenser de ses efforts par l’achat personnel de petites gâteries et de se trouver un moment pour participer à une activité. L’intervenante va aussi proposer à sa cliente d’établir un plan dans lequel elle inscrit ce qu’elle vise comme objectifs tant au niveau personnel que professionnel et des moyens qu’elle envisage utiliser pour les atteindre et parfois même, sur quelle échelle de temps elle prévoit en avoir atteint certains. Ces exercices d’aspects anodins sont très importants à la reprise du contrôle sur la vie de la femme. C’est à travers eux qu’elle reprend sa place dans sa vie, place qu’elle à concédé à l’Autre durant trop d’années. L’intervenante va aussi valoriser l’implication auprès de groupe de femmes où sa cliente pourrait nouer des liens. Les activités qui sont organisées constituent des moments privilégiés de partage et de socialisation.

La participation aux ateliers offerts par les centres de femmes est fortement encouragée par les intervenantes car ils permettent aux femmes de se retrouver entre elles et de partager leur expérience personnelle et de réaliser qu’elles ne sont pas les seules à vivre une situation difficile. Il s’agit d’un moment privilégié pour briser le silence sur leur souffrance et de trouver le réconfort qu’elles ne retrouvent pas dans leur entourage qui est parfois trop déboussolé par leur métamorphose. Elles peuvent participer à des café-rencontre durant lesquels elles peuvent échanger, des ateliers dont les thématiques varient d’activités liées au corps, à l’écriture, à l’expression orale ou au partage et à des conférences dont les sujets tournent autour de l’expérience des femmes et de leur vécu.

Conclusion

Dans cette analyse de la problématique de la dépendance, j’ai choisi de présenter la dépendance dans sa forme la plus simple afin de me consacrer spécifiquement à la cause fondamentale de cet état de dépendance; soit le manque parental à prodiguer l’amour et assurer le bien être psychique autant que physique de l’enfant, et dont les effets pervers sur sa santé mentale sont observables qu’une fois l’âge adulte atteint. J’ai aussi évité de m’étendre sur les dépendances connexes qui souvent viennent détourner la cause principale de cette dépendance. Que la dépendance soit à l’alcool, aux drogues, à la nourriture, au sexe, au travail ou à l’amour, le besoin demeure celui de combler un manque affectif. J’ai aussi mis de côté l’aspect biologique dans le processus de dépendance bien que je reconnaisse l’influence importante que peuvent avoir les hormones sur la santé mentale d’une personnalité dépendante, la dopamine étant considérée comme « l’hormone de la dépendance[12]. Je ne voulais pas avoir à aborder l’influence des hormones féminines comme facteurs influents sur leur état et risquer ainsi de détourner l’attention du facteur principal que je crois être la source originelle de cet état soit le refus parental à la scission du cordon ombilical symbolique et auquel se greffent les désirs narcissiques de parents de maintenir leur enfant dans un état de soumission à leur autorité afin de pallier à leur propre manque affectif.

Il m’était aussi important de faire le parallèle entre le rapport intervenante-cliente/mère-fille et phases du développement de l’enfant/processus thérapeutique pour une compréhension de l’importance de revivre les étapes pour atteindre la guérison des blessures passées et d’accéder à son identité et son indépendance et qu’elle puisse se réapproprier sa place dans sa vie. Je n’ai pas non plus élaboré sur les facteurs sociaux qui rendent  difficile sa quête à l’indépendance. Le modèle que renvoie encore de nos jours la société patriarcale d’un modèle mari pourvoyeur-femme soumise, constitue un facteur très influent sur le rapport de dépendance que la femme établit dans ses relations. Mais je crois justement que c’est par la résolution saine et positive d’un processus normal d’affranchissement au lien de dépendance symbolique à la mère dans la jeune enfance et plus tard à l’autorité parentale durant l’adolescence que ce résoudra non seulement le trouble de la personnalité qu’est la dépendance affective mais aussi transformera considérablement les rapports sociaux de sexe.




[1]TREBOUX, Marie-Françoise Dr., Relife ou la rupture du lien de dépendance, 1989, p. 49
[2] BERGER, Véronique, Les dépendances affectives, 2007, p : 140
[3] BERGER, Véronique, Les dépendances affectives, 2007, p : 141
[4] BERGER, Véronique, Les dépendances affectives, 2007, p :146-147
[5] TREBOUX, Marie-Françoise Dr., Relife ou la rupture du lien de dépendance, 1989, p : 63
[6] ROUBEIX, Hélène, De la dépendance amoureuse à la liberté d’aimer, 2008, p : 32
[7] ROUBEIX, Hélène, De la dépendance amoureuse à la liberté d’aimer, 2008, p : 33
[8] TREBOUX, Marie-Françoise Dr., Relife ou la rupture du lien de dépendance, 1989, p : 226
[9] BERGER, Véronique, Les dépendances affectives, 2007, p : 249
[10] BERGER, Véronique, Les dépendances affectives, 2007, p : 249
[11] TREBOUX, Marie-Françoise, Relife ou la rupture du lien de dépendance, 1989, p : 218
[12] ROUBEIX, Hélènedépendance amoureuse à la liberté d’aimer, 2008, p :184