mercredi 16 janvier 2013

S’affranchir de la dépendance affective : impacts sur la santé mentale des femmes


L'article qui suit est une analyse sur les phases aliénantes que traverse toute personne qui s'affranchie de la dépendance affective et que j'ai rédigé dans le cadre d'un cours sur la santé mentale des femmes à l'université en 2010. Bien que mon analyse cible l'état de dépendance affective chez les femmes, mes propos s'appliquent tout autant chez les hommes et les origines causales sont les mêmes. De plus, la dépendance affective est un état que l'on retrouve chez la grande majorité des victimes de violences conjugale et familiale. 

Bien que mon article ait été écrit dans une perspective d'intervention féministe selon une approche d'empowerment, la similitude que j'y entrevois avec les techniques de coaching et le rapport coach-client me porte à vous partager le résultat de mon analyse afin de démontrer la complémentarité des deux approches thérapeutiques (intervention sociale et coaching de vie) en matière de (re) prise du pouvoir sur soi travaillée avec un client  dépendant durant les séances de coaching.


Dépendance à l’alcool, aux drogues, au jeu, au travail, au sexe, à l’amour… Quand l’objet devient indispensable à notre bien être, notre salut, notre survie, le déterminisme « dépendant de » s’inscrit à notre identité. En fait, s’inscrit-il à ce moment où y était-il déjà tatoué depuis des années, sceau indélébile imprégné avec les années par la béance d’un vide creusé par le manque d’un Sujet essentiel à la complétude de notre existence? Car c’est par le manque que la dépendance se crée et en lui qu’elle prend son ampleur. Mais de quel manque parle-t-on? En quelle façon est-il garant de la dépendance? Ces questionnements doivent être considérés puisque leurs réponses constituent la porte d’entrée à la compréhension des problématiques qu’engendre le phénomène de la dépendance, et plus particulièrement celle sous sa forme affective; une compréhension non seulement au niveau de ses répercussions sur les relations amoureuses du dépendant, la femme dans le cadre de cette analyse, mais aussi sur sa santé mentale alors qu’elle s’en affranchie.  C’est en m’inspirant de littératures issues de la psychanalyse et d’œuvres psycho-populaires que j’apporte ma compréhension de ce trouble de la personnalité qui influe directement sur la santé mentale de la femme.

Du lien de dépendance à la dépendance

Dès sa conception, l’enfant est lié à la mère. Il fait partie intégrante d’elle, se nourrit à travers elle. Sa vie entière repose sur elle. À sa naissance, le lien subsiste et  sa survie dépend encore des soins qu’elle lui apporte. C’est d’elle que l’enfant acquiert ses premiers apprentissages affectifs. D’un point de vue psychanalytique, elle est l’Objet duquel dépend sa vie. Le lien de dépendance établit par la conception est vital à l’enfant, il est sain. C’est par lui que l’enfant se construit en tant qu’être à part entière et  duquel il retire un sentiment de sécurité qui lui permet de s’ouvrir à l’Autre. Ainsi il naît dans la dépendance, une dépendance qui lui est nécessaire et de laquelle il va tenter naturellement de s’affranchir dans les phases de développement qui auront cour tout au long de son enfance et qui feront de lui un être unique, un adulte. Le rapport à la mère a une importance cruciale dans le développement psychique de l’enfant et c’est par à sa présence et non présence que l’enfant va être confronté à ses premières expériences de rejet. Le rejet sain qui consiste à l’apprentissage de l’enfant à voir en sa mère autre chose qu’un objet d’assouvissement de ses désirs est nécessaire à son « adultisation[1] ». Par contre, lorsque la mère n’est pas présente de corps ou d’esprit par des facteurs allant d’un non-désir de l’enfant, d’un deuil vécu pendant ou après la grossesse, d’un état dépressif sous-jacent à la grossesse ou post-partum, l’enfant enregistre psychiquement le rejet et le non-amour de la mère. Ce rejet inscrit en lui une insécurité, une angoisse qui restera gravée à jamais dans ce que la psychanalyse appelle l’inconscient : une angoisse qui ouvre l’orifice du vide.

L’enfant même rejette. Il le fait par son désir d’acquérir son indépendance, son identité et la phase du « non » qu’il vît vers sa 3e année de vie en est une cruciale à sa quête. L’enfant désire accéder à son autonomie, ce que les psychanalystes décrivent comme la phase du développement du Soi et de laquelle il établit son identité. Cette phase importante se représentera à l’adolescence alors qu’il se révoltera contre l’autorité parentale. La réaction maternelle à ses épisodes d’affranchissement aura alors une incidence importante sur son développement identitaire. Si elle ne réagit pas positivement à ce rejet mais par une sévérité excessive, voire écrasante, l’enfant comprendra que pour être aimé par sa mère, il doit se soumettre à elle et craindra de la perdre, de perdre son amour, s’il ne lui obéit pas. L’enfant développe une insécurité et est maintenu dans un rapport de dépendance à la mère car le lien de dépendance n’est pas brisé. Il n’est pas reconnu en tant qu’individu propre, indépendant. Le lien de dépendance ainsi maintenu ajoute au vide creusé par l’angoisse engendrée par l’insécurité et envoie un message à l’enfant qu’il ne peut être autrement que par la mère.

Au lien maternel inné se greffe celui du père dont l’apport est important au développement caractériel de l’enfant. C’est par sa présence et du lien qu’il nouera avec son enfant que ce dernier pourra couper le lien de dépendance envers sa mère. Les théories psychanalytiques attribuent au père la fonction de séparateur de la mère et de l’enfant. Sa présence est essentielle car au niveau symbolique, il est « initiateur, instaurateur et garant de l’accès de son enfant à son autonomie et à son individuation[2] et ce en « (…) rompant un cordon ombilical psychique liant l’enfant à son premier objet d’amour (la mère), amenant peu à peu l’enfant par une castration symbolique à l’assomption de soi-même (…)[3] ». Son absence ou le refus de prise en charge de sa responsabilité symbolique contribue à l’incapacité de l’enfant à construire son individualité sur des bases solides et sécurisantes. Les manquements du père s’inscrivent donc dans un processus d’entérinement de l’état de dépendance à la mère et accentue le vide identitaire chez l’enfant. Lorsque cet état relationnel n’est pas accessible pour une fillette, par l’absence physique ou psychique d’une figure paternelle forte, sécuritaire et responsable, il laisse vacant une place qu’une fois femme elle cherchera à combler en s’investissant dans des relations dans lesquelles l’homme sera un pourvoyeur et fera office de père. Si, au contraire, le père présent s’investit trop auprès de sa fille, qu’il exerce sur elle un contrôle excessif, il « lui confisque sa liberté et son droit de se tourner vers d’autres figures, notamment masculines. (…) La fille restée liée au père risque alors de se tourner inconsciemment vers des partenaires qui ne doivent et ne peuvent rivaliser avec la figure paternelle.[4] » Ces carences affectives engendrent chez la jeune femme une quête de l’amour absolu.

L’amour et l’investissement parental est essentiel pour le développement d’une estime de soi et d’une confiance en soi solide. Lorsque qu’elle grandit dans un environnement familial déficient, la jeune femme développe un sentiment d’insécurité qui ne lui permet pas de développer la stabilité affective indispensable à son indépendance. Les troubles de personnalité que sont l’estime et la confiance de soi déficiente entraînent chez elle un sentiment d’insécurité géniteur du sentiment d’angoisse du manque qui l’habitera dans sa vie adulte.  C’est cette angoisse du manque qu’elle cherchera à anesthésier à travers ses relations amoureuses et qui la fera choisir des conjoints qui lui donneront l’illusion momentanée d’être l’Élu tant espéré. Pour s’assurer l’amour et éviter la perte, elle adoptera des comportements qui peu à peu l’enliseront dans une déchéance psychologique.

Traits comportementaux du dépendant et incidences sur sa santé mentale

L’état de dépendance concourt au développement de comportements distincts. D’abord, l’état de soumission à l’être aimé qui se rapporte à celle de la soumission parentale. Puisque la scission filiale dans l’ordre symbolique n’a pas été résolue, la femme reproduit inconsciemment la dynamique d’assujettissement à l’autorité parentale dans ses relations amoureuses. Elle reconstitut dans ses rapports conjugaux les rapports affectifs qu’elle entretenait avec ses parents. La privation d’amour ou le surinvestissement parental vécu dans son enfance engendre une quête à l’amour absolu et pour atteindre cette finalité, elle met ses intérêts et ses désirs de côté au profit de ceux de l’être aimé. Elle exige d’elle-même la perfection faisant tout pour réunir touts éléments susceptibles de renforcir l’amour qu’il pourrait lui donner. Elle se surinvestit dans son rôle d’épouse, de mère, de ménagère et d’objet sexuel. Elle est dans l’attente des moindres signes laissant transparaître l’approbation, l’acceptation, l’amour. Elle s’investit de corps et d’âme au point de se perdre complètement. Elle entre dans un état fusionnel avec l’Autre qui engendre un rapport inégalitaire dans le rapport du couple; une relation soumission-domination à la base de toute relation de dépendance. Cet état contribue à la perte de son « Soi », son identité, de sa liberté.

Ce n’est qu’une fois dissipée l’illusion fusionnelle suscitée par le coup de foudre qu’elle prend conscience de son fourvoiement. Le manque réapparait telle une douleur menaçante qui déclenche « la violence fondamentale. (…) Il remet en question la justification de vivre[5] ». L’ennui revient, la tristesse et la colère rejaillissent. Elle se sent à nouveau trahie par l’Autre et réalise son erreur de jugement face à un scénario qu’elle a probablement maintes fois joué. Pour contrer la menace d’une éventuelle séparation, elle peut « inconsciemment intensifier la dépendance pour pallier le manque qui ressurgit de façon intolérable afin de rester ensemble coûte que coûte [6]». Elle peut aussi adopter une dynamique de domination et « exiger de l’autre qu’il soit encore plus parfait, plus aimant, plus disponible, plus présent, contrôler encore plus ses occupations extérieures, son emploi du temps, ses relations personnelles et professionnelles, sa sexualité[7] ». Face au comportement excessif de sa conjointe, l’homme peut la quitter ou entretenir des relations extraconjugales qui affecteront l’instabilité affective déjà importante de la femme. Isolée, fatiguée mentalement et physiquement des efforts en vains déployés, elle s’inhibe psychologiquement et sombre peu à peu dans un état dépressif. Cet état de souffrance intérieur est souvent représentatif d’une révolte intérieure salutaire qui lui permettra de faire le premier pas sur le sentier de l’affranchissement de l’état de dépendance duquel elle est l’esclave.

Phases aliénantes dans l’affranchissement de la dépendance affective

La voie de l’affranchissement est sinueuse et parsemée d’embûches. Son parcours est jalonné d’obstacles contournés du passé qui resurgissent au tournant et qui surenchérissent son état dépressif et « la durée du parcours est proportionnelle à l’intensité du manque à découvrir et à réparer[8] ». Cette réparation est celle du rejet, du non-amour parental; de ce rapport indispensable à la constitution indéfectible de son estime de soi et de sa confiance qui sont essentiels à l’appropriation de son indépendance. 

La prise de conscience sur sa situation provoque en elle une succession de bouleversements émotionnels qui suscitent des sentiments de honte, de culpabilité et de colère. D’abord la honte déclenchée par la conscientisation de sa situation et de son incapacité à prendre ses responsabilités en tant qu’individu, de pourvoir à ses besoins primaires et sa propension à se  maintenir dans une dynamique d’attente de l’Autre. L’image de la perfection qu’elle a tant bien que mal tenté d’incarner se dissipe et c’est à l’imperfection qui la constitue qu’elle est confrontée. La gène face au rejet de l’Autre sur qui elle fondait l’espoir inavoué de meubler le vide qui l’habite affaiblie encore plus l’estime de soi dont elle est déjà carencée. La honte de rechercher chez l’autre l’approbation pour ses actions, ses décisions telle une enfant et de s’effacer devant l’Autre pour lui donner toute la place décisionnelle voir le contrôle sur sa vie. Mais plus encore l’opprobre de son manque de dignité.

Le constat de s’être maintenu dans une position infantilisée face à l’Autre engendre un sentiment de culpabilité face aux comportements qu’elle a adoptés pour maintenir une relation éronnée, puisqu’elle ne cherchait pas en l’autre un conjoint mais bien la figure paternelle qui réparerait la blessure infligée par l’échec de la relation d’avec le Père, la Mère ou même des deux. Cette culpabilité est exacerbée par les sentiments de colère et de haine qui germent par la prise de conscience de ses blessures intérieures causées par le manque parental. Elle se sent coupable face à cette colère intérieure qui se manifeste et qui l’incite à rejeter la Mère et le Père, un sentiment qui rajoute aussi à la honte et qui altère l’image de la bonne fille obéissante. Elle ressent une  colère vive face à l’image iconique, façonnée par la fillette qu’elle était, d’une Mère-Amour qui, sous le nouveau regard qu’elle pose sur elle, lui renvoie plutôt celle d’une Mère-Rejet qui lui a nié l’Amour. Elle ressent aussi un ressentiment puissant face au Père-Absent qui ne l’a pas appuyé et protégé face à la dominance maternelle et qui n’a pas rempli son devoir symbolique de castrateur.

La valse alternée entre ses trois sentiments se perpétuera tout au long du chemin de l’affranchissement et s’essoufflera peu à peu au rythme de l’acceptation et du lâcher prise qui constituent les phases importantes du processus du deuil qu’elle doit faire de son enfance carencée. Ces phases sont en soi difficiles à traverser parce qu’elles obligent à la reconnaissance des souffrances antérieures, des angoisses vécues, des colères refoulées et de l’amour dont elle a été privée mais encore plus de la non-reconnaissance de son individualité par ses parents.  Elle doit renouer avec des émotions refoulées qui se manifestent autant psychiquement que physiquement. Aux fluctuations émotionnelles, épisodes de fatigue, de regain d’énergie et épisodes dépressifs s’ajoutent les maux physiques tels des céphalées, des douleurs musculaires inexpliquées, des pertes d’appétit à un appétit insatiable, etc. Ces symptômes d’intensité variable et ponctués de périodes d’accalmie sont indissociables du processus d’acceptation de lâcher prise et s’estompent progressivement pour disparaître à l’achèvement du deuil. Ce deuil n’est possible que par l’acceptation de l’expérience difficile de l’enfance qui a été vécue et du lâcher prise de son désir inassouvi de l’amour de l’Autre. La phase de deuil complété ouvre la porte à la réappropriation de son Soi perdu.

La reconstruction de l’estime de soi et de l’amour de soi

« La personne part à la découverte de soi et de sa relation aux autres, et s’achemine dans une recherche et une expérience tout d’abord ressenties comme insolites. Elle se trouve ainsi reliée avec un sentiment d’étrangeté[9] »; un sentiment d’étrangeté puisqu’  « elle se surprend à être plus spontanée et authentique. Elle découvre ainsi une part nouvelle d’elle-même ressentie comme « étrangère »[10] ». Cette découverte se fait tout au long du processus du deuil, au fur et à mesure qu’elle a franchi les étapes d’acceptation et de lâcher prise et au cour duquel elle pose des actions qui ont eu une incidence positive sur l’acquisition d’une confiance en elle de plus en plus solide. Chaque gestes posés, opinions formulées, désaccords et revendications exprimés vont contribués à développer cette confiance de Soi indispensable au développement d’une estime de Soi forte qui lui permet d’accéder à l’Amour de Soi. C’est en renouant avec l’enfant qu’elle a été, en apprenant à l’aimer avec ses qualités et ses défauts qu’elle va réussir à s’aimer elle même. Ce processus engendre des conflits intérieurs à travers lesquels s’entremêlent le plaisir des gains et l’angoisse des pertes, la sécurité de la présence de l’autre et l’insécurité de la solitude mais encore pis la dualité entre l’amour et la haine du Soi. Le doute subsiste longtemps quant à ses capacités à s’affranchir du lien de dépendance alors qu’elle sombre dans des états dépressifs intermittents qui, si on s’y attarde, ressemblent étrangement aux crises émotionnelles vécues par le petit enfant dans ses phases d’affranchissement. Comme lui, elle a besoin de l’aide et du support d’une personne qui croit en ses capacités à traverser les nombreuses épreuves qui se dressent sur le chemin de l’affranchissement. C’est pourquoi l’aide d’une intervenante dont l’approche vise au développement du pouvoir d’agir de la femme, qui croit en ses capacités et qui l’accompagne à travers cette quête du Soi est essentielle.

Rôle de l’intervenante dans le processus d’affranchissement et les stratégies d’interventions féministes à envisager

Le rapport qu’établit l’intervenante avec sa cliente est très important. Il se doit d’être égalitaire pour permettre à la femme de voir en l’intervenante une guide et une accompagnatrice dans un processus qui est le sien et qui en respecte le cheminement cahoteux, ses contrariétés et ses faiblesses. L’intervenante se doit d’être à l’écoute de l’histoire de la femme. Elle doit prendre en considération les facteurs qui vont influencer le processus thérapeutique : le facteur économique, l’environnement familial, le niveau de scolarité de sa cliente, son statut professionnel, ses relations sociales. Elle doit prendre note aussi des dépendances collatérales qui peuvent ajouter à l’état amenuisé de sa cliente. La compréhension de l’histoire identitaire de sa cliente, la reconnaissance de sa souffrance vécue et des sentiments qui l’envahissent et la désorientent, établit un climat de confiance entre elles qui permet au processus thérapeutique de débuter.

Le savoir que possède l’intervenante sur les problèmes personnels qu’elle vit place la femme dans une position d’infériorité qui vient l’affecter dans son estime. Il est donc important que l’intervenante use d’une approche d’intervention qui vise à partager à sa cliente, et ce progressivement, les connaissances qui lui permettent de prendre progressivement le contrôle de son processus thérapeutique et ainsi sur sa propre vie. Ce transfert de pouvoir est essentiel au développement de la confiance en soi et par la suite de l’estime de soi de la cliente. Elle la guide vers son autonomie affective en la rassurant, en acceptant ses échecs et en lui donnant les outils nécessaires à sa réussite telle qu’aurait dû le faire sa Mère lorsqu’elle était enfant.

L’intervention axée sur le développement du pouvoir d’agir (Empowerment), implique que l’intervenante, par cette approche, outille sa cliente de sorte qu’elle puisse en venir qu’à agir seule sur toutes les sphères de sa vie. La confiance témoignée par son intervenante sur sa capacité à s’affirmer lui permet d’initier le premier pas vers la réappropriation de son autonomie. Et de cette confiance naît sa propre confiance, et pour reprendre les mots de Marie-Françoises Tréboux dans son livre Relife ou la rupture du lien de dépendance, « une confiance qui lui permet de bâtir la voie directe vers autrui ». La rééducation psychologique entreprise fait en sorte que « la réinsertion sociale va s’opérer d’elle-même (…)[11] ».

L’intervenant, une fois la blessure narcissique réparée et son pouvoir personnel en voie d’être réapproprié, va établir avec sa cliente des stratégies de contrôle sur sa vie afin de réduire les facteurs de rechute dans la dépendance. Une des problématiques de la dépendance affective réside dans le fait que l’objet duquel elle dépend est l’Autre et non une substance tel l’alcool, la drogue, le jeu ou autres matières identifiables. C’est dans son rapport avec autrui que la dépendance est à risque de rejaillir. La blessure narcissique n’étant jamais tout à fait guérie, elle peut retomber dans une relation dont elle deviendra dépendante. Elle doit donc établir avec son intervenante des stratégies qui lui permettront de réduire considérablement les facteurs de risque.

À travers le processus thérapeutique, l’intervenante amène sa cliente à développer ses intérêts. Puisqu’elle les a depuis longtemps étouffés au profit de ceux des autres, cet exercice est très important car il lui permettra de se redécouvrir, de se réapproprier son identité. Elle l’invite à se récompenser de ses efforts par l’achat personnel de petites gâteries et de se trouver un moment pour participer à une activité. L’intervenante va aussi proposer à sa cliente d’établir un plan dans lequel elle inscrit ce qu’elle vise comme objectifs tant au niveau personnel que professionnel et des moyens qu’elle envisage utiliser pour les atteindre et parfois même, sur quelle échelle de temps elle prévoit en avoir atteint certains. Ces exercices d’aspects anodins sont très importants à la reprise du contrôle sur la vie de la femme. C’est à travers eux qu’elle reprend sa place dans sa vie, place qu’elle à concédé à l’Autre durant trop d’années. L’intervenante va aussi valoriser l’implication auprès de groupe de femmes où sa cliente pourrait nouer des liens. Les activités qui sont organisées constituent des moments privilégiés de partage et de socialisation.

La participation aux ateliers offerts par les centres de femmes est fortement encouragée par les intervenantes car ils permettent aux femmes de se retrouver entre elles et de partager leur expérience personnelle et de réaliser qu’elles ne sont pas les seules à vivre une situation difficile. Il s’agit d’un moment privilégié pour briser le silence sur leur souffrance et de trouver le réconfort qu’elles ne retrouvent pas dans leur entourage qui est parfois trop déboussolé par leur métamorphose. Elles peuvent participer à des café-rencontre durant lesquels elles peuvent échanger, des ateliers dont les thématiques varient d’activités liées au corps, à l’écriture, à l’expression orale ou au partage et à des conférences dont les sujets tournent autour de l’expérience des femmes et de leur vécu.

Conclusion

Dans cette analyse de la problématique de la dépendance, j’ai choisi de présenter la dépendance dans sa forme la plus simple afin de me consacrer spécifiquement à la cause fondamentale de cet état de dépendance; soit le manque parental à prodiguer l’amour et assurer le bien être psychique autant que physique de l’enfant, et dont les effets pervers sur sa santé mentale sont observables qu’une fois l’âge adulte atteint. J’ai aussi évité de m’étendre sur les dépendances connexes qui souvent viennent détourner la cause principale de cette dépendance. Que la dépendance soit à l’alcool, aux drogues, à la nourriture, au sexe, au travail ou à l’amour, le besoin demeure celui de combler un manque affectif. J’ai aussi mis de côté l’aspect biologique dans le processus de dépendance bien que je reconnaisse l’influence importante que peuvent avoir les hormones sur la santé mentale d’une personnalité dépendante, la dopamine étant considérée comme « l’hormone de la dépendance[12]. Je ne voulais pas avoir à aborder l’influence des hormones féminines comme facteurs influents sur leur état et risquer ainsi de détourner l’attention du facteur principal que je crois être la source originelle de cet état soit le refus parental à la scission du cordon ombilical symbolique et auquel se greffent les désirs narcissiques de parents de maintenir leur enfant dans un état de soumission à leur autorité afin de pallier à leur propre manque affectif.

Il m’était aussi important de faire le parallèle entre le rapport intervenante-cliente/mère-fille et phases du développement de l’enfant/processus thérapeutique pour une compréhension de l’importance de revivre les étapes pour atteindre la guérison des blessures passées et d’accéder à son identité et son indépendance et qu’elle puisse se réapproprier sa place dans sa vie. Je n’ai pas non plus élaboré sur les facteurs sociaux qui rendent  difficile sa quête à l’indépendance. Le modèle que renvoie encore de nos jours la société patriarcale d’un modèle mari pourvoyeur-femme soumise, constitue un facteur très influent sur le rapport de dépendance que la femme établit dans ses relations. Mais je crois justement que c’est par la résolution saine et positive d’un processus normal d’affranchissement au lien de dépendance symbolique à la mère dans la jeune enfance et plus tard à l’autorité parentale durant l’adolescence que ce résoudra non seulement le trouble de la personnalité qu’est la dépendance affective mais aussi transformera considérablement les rapports sociaux de sexe.




[1]TREBOUX, Marie-Françoise Dr., Relife ou la rupture du lien de dépendance, 1989, p. 49
[2] BERGER, Véronique, Les dépendances affectives, 2007, p : 140
[3] BERGER, Véronique, Les dépendances affectives, 2007, p : 141
[4] BERGER, Véronique, Les dépendances affectives, 2007, p :146-147
[5] TREBOUX, Marie-Françoise Dr., Relife ou la rupture du lien de dépendance, 1989, p : 63
[6] ROUBEIX, Hélène, De la dépendance amoureuse à la liberté d’aimer, 2008, p : 32
[7] ROUBEIX, Hélène, De la dépendance amoureuse à la liberté d’aimer, 2008, p : 33
[8] TREBOUX, Marie-Françoise Dr., Relife ou la rupture du lien de dépendance, 1989, p : 226
[9] BERGER, Véronique, Les dépendances affectives, 2007, p : 249
[10] BERGER, Véronique, Les dépendances affectives, 2007, p : 249
[11] TREBOUX, Marie-Françoise, Relife ou la rupture du lien de dépendance, 1989, p : 218
[12] ROUBEIX, Hélènedépendance amoureuse à la liberté d’aimer, 2008, p :184

23 commentaires:

  1. Malheureusement, nous vivons dans uns société ou la majorité des gens ont vécus un manque affectif dans leur jeunesse. C'est pour cela que je crois fortement aujourd'hui que nous devons faire une "révolution" d'amour!

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    1. Oui tu as raison. Le manque de connaissance, de compréhension et de temps des parents contribuent aux carences affectives chez l'enfant. Le désintérêt face à l'apprentissage des rapports sociaux est flagrant et combien responsable des problèmes relationnels. Mais la "révolution d'amour" s’initie justement par chaque personne sensibilisée à ce problème. Merci d'avoir pris le temps de lire :)

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  2. Bel article, j'ai beaucoup apprécié le passage par rapport aux enfants, étant maman, je me sens concerné.

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    1. Je suis heureuse que mon article t'ait apporté des éléments nouveaux qui te permettront de jeter un regard plus éclairé sur les rapports parents-enfants.
      Merci d'avoir pris le temps de me lire :)

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  3. Merci pour cet article et je partage l'avis de Nathalie ... Belle journée à toi !!! :-)

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    1. Merci d'être venue me lire. Je suis contente que tu y ait trouvé des éléments qui te seront utiles :)

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  4. Merci Sandra de toutes ces précisions, c'est très intéressant.

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    1. Contente que tu ait apprécié l'article :) Merci d'avoir pris le temps de me lire ;)

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  5. L'Empowerment est vraiment une caractéristique à travailler chez la femme dépendante ainsi que chez les enfants ayant vécu de la violence. J'ai travaillé dans différents milieux et j'ai tenté à ma façon de donner cette inspiration sur le pouvoir qu'elles et les enfants pouvaient choisir sur la route que l'on appelle la vie

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    1. Effectivement, l'Empowerment rejoint la croyance du coaching que tous possède en eux le pouvoir sur leur vie et de bien comprendre le phénomène de la dépendance permet de développer des stratégies plus efficaces avec les clients qui sont dans cet état. Merci d'avoir pris le temps de me lire. :)

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  6. Merci pour cet article, il aide à mieux comprendre !

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    1. Je suis heureuse que mon article t'aies apportés des notions supplémentaires :) Merci d'avoir pris le temps de me lire.

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  7. Article finement élaboré, que du bonheur de te lire et d'être en complète adéquation avec toi sur le sujet, merci beaucoup !

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    1. Merci Cathy pour ce beau commentaire. :) Je suis heureuse que tu aies apprécié le contenu de mon article. Merci d'avoir pris le temps de me lire. :D

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  8. Merci pour cet article qui explique bien, en détails.

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    1. Bonjour Danielle,

      Désolée pour ma réponse tardive. Je tenais à te remercier de ton intérêt et de ton appréciation.

      Bien cordialement,

      Sandra

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  9. Bravo Sandra ! Continu ton beau travail.
    Marcel

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    1. Bonjour Marcel,

      Merci pour ton appréciation et pour ton mot d'encouragement.

      Bien cordialement,

      Sandra

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  10. Un grand bravo pour votre article tout à fait complet.

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    1. Je suis heureuse que mon texte vous ai plu. N'hésitez pas à commenter mes autres publications que vous lirez. Tout commentaire constructif et tout apport sont les bienvenus.

      Bien cordialement,

      Sandra

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  11. Je reconnais la petite fille en moi qui a manqué énormément d'amour et d'affection. J'aimerais aller la chercher lorsqu'elle était dans le noir et subissait tant de rejet. C'est inacceptable , plus jamais elle ne souffrira de la sorte.

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  12. Je ne comprenais pas ce qu'il m'arrivait, personne ne savait me le dire. Désormais grâce à vous je sais.
    Merci

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  13. Je suis heureuse que mes mots vous aient apporté quelques réponses.

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